L'essentiel
Du Red Star au sommet du football mondial : Philippe Troussier lance son parcours d’entraîneur à Saint-Ouen avant de bâtir une carrière internationale exceptionnelle.
Le “Sorcier blanc” voyageur : De l’Afrique à l’Asie, il forge sa réputation en dirigeant de nombreuses sélections et en relevant des défis aux quatre coins du monde.
Le Japon comme consécration : En menant la sélection japonaise jusqu’aux huitièmes de finale du Mondial 2002, il atteint le sommet de sa reconnaissance internationale.
Des terrains aux vignes : Après une vie consacrée au football, Philippe Troussier s’est reconverti dans la viticulture à Saint-Émilion.
Sommaire
Dans le football français, rares sont les entraîneurs à avoir connu une trajectoire aussi singulière que celle de Philippe Troussier. Pour beaucoup, son nom reste associé à ses exploits en Afrique, à son aventure en coupe du Monde avec le Japon ou encore à son surnom de « Sorcier blanc ». Pourtant, avant de devenir un globe-trotter du football mondial, c’est au Red Star qu’il a véritablement lancé sa carrière d’entraîneur. À Bauer, le technicien français a posé les premières pierres d’un parcours qui allait le conduire sur trois continents avant de le ramener, des décennies plus tard, vers une passion bien différente : le vin.
Le Red Star, point de départ d’une carrière hors norme
Lorsque Philippe Troussier arrive au Red Star au milieu des années 1980, c’est d’abord en tant que joueur et il n’a que 22 ans. En seconde division et sous les ordres de Roger Lemerre, il peine à s’imposer sur le terrain, mais cette expérience lui permet d’observer de près les méthodes d’un entraîneur qui marquera durablement sa vision du football.
La carrière de joueur de Philippe Troussier se construit essentiellement en deuxième division. Passé notamment par Reims puis le FC Rouen, il s’y affirme comme un défenseur fiable et accumule les titularisations. Très vite, il comprend que son avenir se construira sur un banc de touche. Le Red Star, club historique du football français, lui offre alors un formidable terrain d’expression.
À l’époque, le club audonien est en division 3 et cherche à retrouver sa place dans le paysage du football français. Troussier impose rapidement sa méthode. Travail rigoureux, discipline tactique, préparation minutieuse : le jeune trentenaire ne laisse rien au hasard. Son exigence surprend parfois, mais elle finit par porter ses fruits.
En 1989, pour sa deuxième saison sous les ordres de Troussier, le Red Star retrouve la Division 2. Cette montée constitue l’un des premiers succès de la carrière de Philippe Troussier. Si son passage à Saint-Ouen reste relativement court, il demeure fondateur.
L’Afrique, laboratoire d’un entraîneur surnommé le “sorcier blanc”
Après une expérience ratée sur le banc de l’US Créteil, Philippe Troussier choisit un chemin que peu d’entraîneurs français empruntent alors et s’envole vers l’Afrique. Un choix audacieux qui va bouleverser sa vie.
En Côte d’Ivoire, il entraîne d’abord le club d’Abidjan l’ASEC Mimosas et découvre un football différent, passionné et instinctif. Loin des habitudes européennes, il doit apprendre à composer avec d’autres cultures et d’autres méthodes de travail. Cette capacité d’adaptation devient rapidement sa plus grande force.
Les expériences s’enchaînent ensuite à un rythme effréné. Nigeria, Burkina Faso, Afrique du Sud, Maroc… Troussier multiplie les défis, souvent dans des contextes politiques ou sportifs complexes. Il dirige des clubs mais également plusieurs sélections nationales et participe à la progression du football africain durant les années 1990.
C’est sur le continent africain qu’il gagne son célèbre surnom de « Sorcier blanc ». Derrière cette formule parfois caricaturale se cache surtout la réputation d’un entraîneur capable de transformer des équipes en difficulté en formations compétitives. Son sens de l’organisation et sa capacité à fédérer des groupes très différents impressionnent.
Son aventure africaine lui apporte également une expérience rare. Peu d’entraîneurs européens auront dirigé autant de sélections nationales dans des contextes aussi variés.
En ouvrant la voie aux entraîneurs français à l’international, notamment sur les continents africain et asiatique, Philippe Troussier s’est imposé comme l’un des pionniers d’une carrière longtemps atypique. Quelques années plus tard, Hervé Renard en deviendra l’un des héritiers les plus emblématiques, perpétuant avec succès cette tradition française de réussite au-delà des frontières européennes.
Le Japon, l’apogée d’une reconnaissance mondiale
Mais c’est au Japon que Philippe Troussier va véritablement accéder à une notoriété mondiale.
Nommé sélectionneur en 1998, il hérite d’un football en pleine mutation. Le pays investit massivement dans son championnat et prépare activement la Coupe du monde 2002 qu’il organisera avec la Corée du Sud. Troussier impose rapidement sa méthode. Exigeant, perfectionniste, parfois intransigeant, il transforme progressivement la sélection japonaise. Les résultats suivent.
En 2000, le Japon remporte la Coupe d’Asie. Deux ans plus tard, devant son public, la sélection atteint les huitièmes de finale de la Coupe du monde, une performance historique à l’époque. Même si l’équipe est éliminée par la Turquie, le parcours marque durablement le football japonais.
Philippe Troussier devient alors une personnalité extrêmement populaire dans l’archipel. Sa personnalité est certes parfois jugée hautaine et contraste avec la culture locale, mais son travail est largement salué.
Après cette réussite, sa carrière continue de l’emmener aux quatre coins du monde. Après avoir dirigé la sélection du Qatar, Troussier débarque à l’Olympique de Marseille, où son passage reste bref dans un contexte sportif compliqué. Puis viennent le Maroc et plusieurs clubs en Chine, Japon, Tunisie, Vietnam…
Les années passent, mais l’ancien entraîneur du Red Star ne perd jamais son goût pour les nouveaux défis. Même après avoir dépassé les soixante ans, il continue d’accepter des missions à l’étranger.
En 2023, il prend les commandes de la sélection vietnamienne. L’expérience s’achève un an plus tard à la suite de mauvais résultats.
À chaque étape de sa carrière, Philippe Troussier semble animé par la même curiosité. Là où d’autres recherchent la stabilité, lui préfère l’aventure. Cette mobilité permanente, malgré des expériences qui n’ont pas toujours été couronnées de succès, fait de lui un profil singulier dans le paysage des entraîneurs français.
Après cette réussite, sa carrière continue de l’emmener aux quatre coins du monde.
Après avoir dirigé la sélection du Qatar, Troussier débarque à l’Olympique de Marseille, où son passage reste bref dans un contexte sportif compliqué. Puis viennent le Maroc et plusieurs clubs en Chine, Japon, Tunisie, Vietnam…
Les années passent, mais l’ancien entraîneur du Red Star ne perd jamais son goût pour les nouveaux défis. Même après avoir dépassé les soixante ans, il continue d’accepter des missions à l’étranger.
En 2023, il prend les commandes de la sélection vietnamienne. L’expérience s’achève un an plus tard à la suite de mauvais résultats.
À chaque étape de sa carrière, Philippe Troussier semble animé par la même curiosité. Là où d’autres recherchent la stabilité, lui préfère l’aventure. Cette mobilité permanente, malgré des expériences qui n’ont pas toujours été couronnées de succès, fait de lui un profil singulier dans le paysage des entraîneurs français.
Des terrains de football aux vignes de Saint-Émilion
Pourtant, derrière cette image de voyageur infatigable, une autre passion grandit discrètement.
Depuis plusieurs années, Philippe Troussier s’est installé dans le Bordelais, près de Saint-Émilion. C’est là qu’il consacre désormais une grande partie de son temps à la viticulture. Devenu propriétaire d’un domaine viticole, il produit son propre vin avec la même exigence qui caractérisait son travail sur un terrain de football.
Cette reconversion peut surprendre, mais elle reflète parfaitement la personnalité de Troussier. Toujours prêt à apprendre, toujours désireux de relever un nouveau défi, il aborde le métier de vigneron avec la même minutie que celui d’entraîneur.
L’anecdote : des liens profonds avec la Côte d’Ivoire et le Maroc
L’attachement de Philippe Troussier à l’Afrique s’est construit au fil des années et a dépassé le seul cadre sportif. En 1992, il obtient la nationalité ivoirienne, témoignant de son intégration et de son affection pour la Côte d’Ivoire. Plus tard, en 2006, son lien avec le Maroc et la culture du pays le conduit à se convertir à l’islam.
Philippe Troussier, une vie au-delà des frontières
Avec le recul, le passage de Philippe Troussier au Red Star apparaît comme le point de départ d’une aventure exceptionnelle. Peu d’entraîneurs peuvent revendiquer un parcours aussi international.
À Saint-Ouen, son travail a participé à écrire une page importante de l’histoire audonienne. La montée en Division 2 en 1989 reste un souvenir marquant pour les supporters de cette époque et l’un des premiers accomplissements d’un entraîneur qui allait ensuite parcourir le monde.
Le football retient souvent les trophées, les grandes compétitions ou les passages dans les clubs prestigieux. Mais il existe aussi des destins qui échappent aux trajectoires classiques. Celui de Philippe Troussier appartient à cette catégorie. Ancien entraîneur du Red Star, bâtisseur en Afrique, aventurier du football asiatique et désormais vigneron dans le Bordelais, il a multiplié les expériences sans jamais renoncer à sa curiosité.
Des couloirs du stade Bauer aux rangs de vigne de Saint-Émilion, le fil conducteur est resté le même : la passion du travail bien fait, l’envie de transmettre et le goût des nouveaux horizons. Une vie n’aura manifestement jamais suffi à Philippe Troussier. Alors il en aura vécu plusieurs.
Johann Macq
Rédacteur web passionné par le football et l’histoire, je me suis spécialisé depuis plusieurs années dans les clubs parisiens et franciliens. J’explore aussi bien les équipes les plus connues que celles au prestige plus discret, pour partager histoires, anecdotes et analyses avec les amateurs du ballon rond.