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Pourquoi la Ville de Paris ne doit pas vendre le Parc des Princes au PSG ?

par Johann Macq

L'essentiel

  • Le Parc des Princes, construit en 1897, est un patrimoine sportif parisien qui a accueilli plusieurs clubs et l’équipe de France, et dépasse l’histoire du PSG.
  • Le stade est structurellement limité et ne peut rivaliser avec un complexe moderne ; Paris a tout intérêt à le conserver et laisser le PSG construire ailleurs.
  • Conserver le Parc permet à la Ville de préserver un outil stratégique, d’accueillir d’autres clubs ou événements et d’anticiper l’avenir du football parisien.

Sommaire

Depuis plusieurs années, le Paris Saint-Germain fait monter la pression pour racheter le Parc des Princes et se trouve désormais en conflit ouvert avec la municipalité de Paris, propriétaire du stade.

La posture du PSG est claire : sans rachat du Parc des Princes, toute extension du stade devient impossible, compromettant selon le club son modèle économique à long terme. Dès lors, le PSG se dit prêt à tourner la page et à construire une nouvelle enceinte hors de Paris, notamment du côté de Poissy ou de Massy.

Derrière un discours mêlant attachement historique et nécessité économique, le club parisien tente d’imposer l’idée qu’il serait naturel que la Ville de Paris cède son stade. Pourtant, à y regarder de plus près, Paris n’a objectivement aucune raison de vendre le Parc au PSG. Ni sportivement, ni économiquement, ni symboliquement.

Parc des Princes et Stade Jean Bouin
Photo prise le 29/11/25

Le Parc des Princes : bien avant le PSG, d’autres clubs franciliens y ont joué 

Contrairement à une idée parfois répandue, le Parc des Princes ne se résume pas à l’histoire du Paris Saint-Germain. Construit en 1897, le Parc des Princes existait déjà depuis plus de soixante-dix ans lorsque le PSG voyait le jour, en 1970. À l’origine, le stade n’était même pas dédié au football : il prenait la forme d’un vélodrome, théâtre d’arrivées mythiques du Tour de France et même de rencontres de l’équipe de France de rugby.

Bien avant que le PSG n’en devienne le résident emblématique, le Parc des Princes a vu évoluer plusieurs acteurs majeurs du sport français. Le Stade Français y a joué de 1945 à 1968, tandis que le Racing Club de France y disputait ses rencontres entre 1932 et 1966, avant d’y revenir ultérieurement. Ces deux clubs y ont écrit des pages importantes de leur histoire. 

Il faut attendre la grande rénovation de 1972 pour que le Parc des Princes adopte son visage actuel. Dans les années qui suivent, le Paris FC y évolue de 1972 à 1974, tout comme le Racing Club de France sous le nom de Racing Matra (de 1984 à 1990). Ce dernier partage alors l’enceinte quelques saisons avec le PSG, qui, fraîchement créé, commence à s’y installer durablement à partir de 1974.

Car si le PSG est aujourd’hui indissociable du Parc des Princes, l’inverse est donc loin d’être vrai. Le céder au PSG reviendrait à privatiser un patrimoine sportif centenaire, pensé pour l’intérêt collectif, au profit d’un acteur unique. Un choix lourd de conséquences, tant pour Paris que pour le sport français.

Un stade, outil d’influence géopolitique ?

À l’heure où le sport est devenu un levier d’influence internationale, la question de la propriété d’un stade dépasse le simple cadre footballistique. Le PSG appartient au fonds souverain du Qatar, un État qui utilise le sport comme instrument de soft power. Céder le Parc des Princes à un acteur directement lié à un pays tiers poserait un véritable enjeu politique et symbolique.

Un stade situé au cœur de la capitale, propriété d’une collectivité, constitue un outil stratégique. En conserver la maîtrise permet à la Ville de Paris de garder un contrôle sur son utilisation, son image et son rayonnement. Le vendre, c’est renoncer à une part de souveraineté symbolique dans un contexte où le sport et la diplomatie sont plus liés que jamais.

Le rachat du Parc, une posture de façade du PSG ?

Depuis le début des négociations, le PSG affiche une posture de communication, visant surtout à se protéger. Cette posture n’est en réalité qu’un prétexte pour rejeter la faute sur la Ville qui ne souhaite pas vendre le Parc, afin de ne pas se mettre à dos ses propres supporters, très attachés au Parc des Princes. L’offre avancée — autour de 30 millions d’euros — semble dérisoire face à la valeur foncière, historique et stratégique du stade, d’autant plus que le club bénéficie de moyens financiers quasi illimités grâce à ses propriétaires qataris.

Surtout, le PSG sait pertinemment que le Parc ne peut pas répondre à ses ambitions économiques à long terme. À la différence de stades modernes comme celui de Tottenham, véritable complexe ultra-rentable intégrant hôtels, commerces, bureaux et espaces événementiels, le Parc est structurellement limité. Sa capacité restera plafonnée à 60 000 places au maximum — et encore, selon certaines sources, ce chiffre reste difficile à atteindre — en raison de son implantation et de l’axe routier sur lequel le stade a été construit. Aucun projet de rénovation ne pourra rivaliser avec un stade construit ex nihilo, pensé dès l’origine comme une machine économique.

En réalité, le PSG a tout intérêt à bâtir ailleurs un stade et un complexe modernes, beaucoup plus rentables que le Parc, dont le potentiel est définitivement limité.

« La ville ne nous laisse pas le choix. J'aime beaucoup le Parc, tout le monde l'aime. Si j'écoute mon coeur, on ne part pas. Mais tout le monde en Europe a des stades de 80 000, 90 000 places... On en a besoin, sinon on est morts. »

Paris a besoin de stades, pas d’en perdre

Pour le football parisien et français, il serait bien plus sain que le PSG construise un nouveau stade. Cela permettrait à Paris de conserver un équipement stratégique pour d’autres usages sportifs ou culturels. La capitale manque cruellement de grands stades. Même si le contrat liant le PSG à la Ville pour l’occupation du Parc des Princes court jusqu’en 2044, les cartes peuvent toujours être rebattues.  Le Paris FC pourrait-il occuper le stade à terme ? Cela reste une autre histoire…

À long terme — même dans vingt ans — le départ éventuel du PSG laisserait une place libre, précieuse, au cœur d’une ville qui souffre d’un déficit d’infrastructures sportives majeures. Le Parc pourrait alors accueillir d’autres clubs, l’équipe de France, des compétitions internationales ou des événements d’envergure !

Garder le Parc, un choix de vision

Vendre le Parc des Princes serait un choix à courte vue. Le conserver, c’est préserver un patrimoine public, garder un outil stratégique et offrir au football parisien une vision plus équilibrée. Le PSG peut se construire un avenir ailleurs sans le Parc. Paris, elle, ne peut se permettre de s’en défaire : le stade reste un patrimoine stratégique et un levier pour le football et au sport de demain.

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